Pourquoi ne peux-t-on pas se passer du nucléaire ?

Bien que la part du nucléaire diminue dans la production d’électricité française, elle n’en reste pas moins majoritaire par rapport aux énergie renouvelables, on va essayer aujourd’hui de faire un (petit) décryptage de la production et la consommation d’électricité en France.

Bon, avec un titre pareil il va falloir quelques explications. Le sujet de l’énergie étant assez complexe, je vais l’aborder de la façon la plus simple possible ici, je vais rester très factuel et essayer d’expliquer les enjeux liés à l’énergie électrique.

Comment fabrique-t-on de l’électricité ?

Eh oui, l’électricité ne se trouve pas dans la nature, il faut forcément partir d’une énergie primaire pour la convertir en électricité (énergie finale)(1).

Pour ça on n’a pas 36 solutions ; celle la plus répandue à grande échelle est de faire tourner un alternateur. Il faut donc fabriquer de l’énergie mécanique à partir d’une source primaire pour l’alimenter. La principale manière de fabriquer cette énergie est d’utiliser de la vapeur, on vient alors chauffer de l’eau en brûlant un combustible (charbon, fioul et gaz pour des centrales thermiques classiques, fission d’atomes pour les centrales nucléaires) qui se transforme en vapeur et alimente une turbine pour faire tourner l’alternateur et créer de l’électricité.

Les autres façons de récupérer de l’énergie mécanique sont d’utiliser les forces de la natures ; le vent pour les éoliennes, l’énergie de l’écoulement de l’eau pour les centrales hydrauliques (barrages). On peut à cela ajouter le solaire photovoltaïque qui fonctionne différemment vu qu’il transforme directement les rayons ultraviolets du soleil en électricité.

Ces autres façons sont ce qu’on appelle des énergies renouvelables vu que l’énergie primaire utilisée est considérée comme infini (tant qu’il y a du vent, de l’eau et du soleil). Elles sont aussi considérées comme des énergies vertes vu qu’elle n’émettent pas de CO2.

Le problème du stockage

Le principal problème avec l’énergie électrique est qu’il est impossible de la stocker à grande échelle (même à petite échelle cela reste compliqué, nécessitant l’utilisation de batteries posant d’autres questions de production et de recyclage), il faut donc que la production d’électricité « colle » parfaitement avec la consommation, en cas de déficit de consommation, il faut évacuer le surplus, ce qui explique pourquoi on peut observer certaines fois l’éclairage public qui s’allume en pleine journée ou des éoliennes tourner sans vent.

Concernant les énergies renouvelables, le principal soucis avec l’éolien et le solaire est le côté intermittent de la production ; le solaire ne produit rien sans énergie solaire directe et l’éolien non plus sans vent, on ne pourra donc jamais substituer la totalité de la production avec ces deux méthodes.

L’exploitation de l’énergie hydraulique est déjà plus prometteur, elle représente déjà 12% de la production d’électricité en France, mais a un inconvénient de taille : il faut inonder une vallée ! Ce qui représente évidemment une contrainte environnemental majeure puisque cela a un gros impact sur les écosystèmes.

Les chiffres de la production d’énergie

La production d’énergie électrique en France en 2018 était de 548 TWh (Tera watt-heure), si on regarde la répartition de cette production on se rend compte que le nucléaire représente environ 72% de cette production nette.

Source : RTE Bilan 2018 (2)

Le nucléaire est donc toujours (et de loin !) notre principale source de production d’énergie électrique, on constate aussi que la part de l’éolien et du solaire n’est que de 7%, ce qui correspond à la même part que les centrales thermiques (centrales à vapeur à base de combustion de charbons, fioul et gaz).

Électricité et énergie spécifique

Maintenant on peut se poser la question sur l’utilisation de l’électricité en tant qu’énergie finale. On peut en effet distinguer deux sortes d’électricité. La première, dite « non substituable » concerne tout les appareils qui ne peuvent fonctionner qu’avec de l’électricité (l’éclairage, les ascenseurs, l’électroménager), on parle alors d’électricité spécifique, on ne peut pas la substituer par une autre énergie.

La deuxième est non spécifique et concerne principalement le chauffage de l’eau (eau chaude et chauffage individuel), ici on peut très bien substituer l’électricité par une autre forme d’énergie (fioul, gaz). Cependant, avec le développement du parc nucléaire français on a largement favorisé le chauffage électrique, qui représente à lui seul 35% de la consommation d’électricité en France, chiffre qui peut monter à 40% lors des périodes de grand froids l’hiver ce qui met à saturation toute nos capacités de production, on en vient même à importer de l’électricité d’Allemagne pour éviter le blackout(3).

Quel plan pour le futur ?

La production / consommation d’électricité a été multipliée par 4 de 1970 à 2010(4), elle est depuis relativement stable mais augmente quand même légèrement chaque année (+3.7% entre 2017 et 2018). Si on se projette dans le futur on peut se dire qu’elle continuera à progresser et pourra subir de nettes augmentations avec l’arrivée des voitures électriques par exemple (il faudra bien recharger les batteries quelque part !).

On a vu ce qu’était l’électricité, comment la produire, l’impossibilité de la stocker et comment elle était plus ou moins bien utilisée. Pour répondre maintenant à la question « peut-on se passer du nucléaire ? » la réponse est « non, pas avec notre consommation actuelle ». Il faudrait réduire notre consommation par 2 ou 3 pour pouvoir espérer vivre qu’avec des énergies « propres » et renouvelables(5).

On pourrait déjà se poser la question de l’utilisation de l’électricité non spécifique, l’électricité étant relativement compliqué à produire, on ne devrait l’utiliser que pour des usages spécifiques (parce que chauffer de l’eau pour créer de l’électricité qui servira à … chauffer de l’eau, avec toute les pertes que cela induit c’est un peu aberrant…)

On pourrait aussi repenser les modes de production, que chacun puisse produire de l’électricité chez soi pour assurer les besoins locaux (moins de pertes dues au transport), exploiter les surfaces des toits pour récupérer la chaleur du soleil, bref, avoir une vision plus locale des choses, plus en cohérence avec notre environnement proche.

Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout, n’hésitez pas à commenter, partager, réagir dans les commentaires, on s’améliore toujours avec l’avis de tous ! 🙂

Sources :

(1) https://jancovici.com/transition-energetique/electricite/quelle-part-de-lelectricite-dans-la-consommation-francaise-denergie/

(2) https://bilan-electrique-2018.rte-france.com/production-totale/#

(3) https://www.picbleu.fr/page/pourquoi-faut-il-limiter-le-chauffage-electrique

(4) https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/production-delectricite

(5) https://jancovici.com/transition-energetique/renouvelables/pourrions-nous-vivre-comme-aujourdhui-avec-juste-des-renouvelables/

Publié par Mushu Kuneo

Ingénieur en mécanique de formation, j'ai toujours été passionné par la compréhension du monde, autant en terme de physique, que de social et sociétal. J'essaye maintenant d'expliquer le monde dans lequel on vit pour essayer de construire un nouveau futur.

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