Le syndrome des caisses automatiques

Arrivée depuis plus de 15 ans en France, les caisses automatiques dans les supermarchés ont fait grand bruit à leur installation, faisant beaucoup de réticents à leurs débuts, autant au niveau du consommateur qui déplorait la robotisation et la déshumanisation que du côté des syndicats qui pointaient du doigt la perte d’emploi et le risque de disparition du métier de caissière.

Ah, délicat sujet que celui des caisses automatiques, installées depuis 2004 en France et toujours aussi controversées, permettant soit disant de gagner du temps au passage en caisse en scannant soi-même les produits, elles ont été décriées par peur de la disparition des caisses classiques, et donc des caissières, donc synonymes de pertes d’emploi.

Cependant je pense pour ma part que le problème est ailleurs, je trouve ça quand même formidable que la technologie nous permette de supprimer les tâches répétitives, à faible valeur ajoutée, usante et fatigante pour l’être humain, il vaut mieux user une machine qu’un humain non ? Les caisses automatiques ne sont seulement que la partie émergée de l’iceberg et sont symptomatiques du fonctionnement de notre société (enfin surtout du système économique) car visible par le grand public, mais le problème ne date pas d’hier.

Si on part dans les extrêmes, prenons l’exemple de la tondeuse à gazon, avant son invention il fallait beaucoup plus de jardinier pour tondre une pelouse, maintenant une seule personne suffit, du coup il y a eu de la perte d’emploi, comment faire alors ? On supprime toute les tondeuses à gazon et on recréé quatre fois plus d’emploi de jardinier ? C’est bien évidemment totalement absurde, créer de l’emploi pour créer de l’emploi est inutile.

L’exemple de l’industrie

Un autre exemple que le grand public ne voit pas, dans l’industrie, on nous parle sans cesse de « l’industrie 4.0 » censé être une révolution en terme de communication entre les outils et postes de travail en utilisant les dernières technologies de l’internet des objets, le souci étant qu’il faudrait déjà qu’on ai terminé le passage à l’industrie 3.0 !

Il y a 30 ans arrivaient les premiers ordinateur en entreprise, avant on faisait tout à la main, on écrivait des rapports à la main, on dessinait à la main, on collait des photos sur du papier. L’arrivée de l’ordinateur devait être une petite révolution, si seulement l’outil informatique était utilisé dans toute ses capacités… Et il est là le souci, maintenant on fait pareil qu’avant, mais en tapant sur les touches d’un clavier, alors certes, on gagne certainement du temps, mais l’ordinateur est capable de dix fois plus de choses ! Je suis encore sidéré de voir le nombre de chiffres, de copier coller et de calcul que l’on a à manipuler en entreprise, avec tous les erreurs associées, car l’humain n’est pas le plus adapté à manipuler des chiffres à la chaine, par contre l’ordinateur est parfaitement adapté pour ça, mais on ne l’utilise quasiment pas..

Pourquoi ? Parce que, comme très souvent, l’ordinateur a été un outil imposé, on a formé à la va-vite les gens en leur expliquant comment ouvrir un tableur ou un document de traitement de texte et à naviguer sur Internet et c’est tout, les gens se sont débrouillés avec ça et n’ont rien appris de plus depuis (exceptés ceux qui sortent de formation informatique évidemment).

Du coup, il y a un gros décalage entre les politiques d’innovation des entreprises, qui sert plus de façade pour monter ce qu’on pourra éventuellement faire dans le futur grâce à la technologie (la réalité augmentée et virtuelle est très à la mode !) et le travail réel au quotidien, où le système D est roi, faute de solutions informatiques adaptées, l’ordinateur est uniquement un support de prise de note pour des données que l’on va ensuite réorganiser et traiter à la main.

Tout automatiser !

Le progrès technologique doit aider l’humain, avec tous les outils que l’on a actuellement on est en mesure d’automatiser la plupart des tâches à faible valeur ajoutée, répétitives ou redondantes, alors faisons-le ! Cela permettra ensuite d’adapter les postes et les emplois vers des tâches à plus forte valeur ajoutée, stimulante pour le cerveau et qui nécessite de la réflexion humaine pour être achevées avec un bon niveau de qualité, cela est d’autant plus enrichissant et valorisant pour l’employé, qui se sentira mieux dans son travail, il faut voir cela comme un cercle vertueux.

Le principale problème réside en la frilosité des entreprises pour investir dans cette automatisation. En effet, cela coute de l’argent, il faut prendre le temps de définir ce qui devra être automatiser, analyser les données entrantes et sortantes, développer et mettre en place des solutions logicielles adaptées et former les gens à l’utilisation des nouveaux outils. Le problème est toujours là, le coût, on nous demande toujours combien ça coute ? Tout ce qui touche à l’optimisation, l’automatisation, la mise en place d’un système qualité, tout gestionnaire vous dira que ça coute trop cher, une vision bien négative, parce que c’est justement l’inverse, ça rapporte bien plus que ça ne coute, mais de façon indirecte.

Un exemple très simple, le système qualité ! Mettre en place un système qualité dans une entreprise permet de s’assurer de s’approcher du meilleur taux de conformité possible, en gros on s’assure de ne produire que des pièces bonnes. Mais cela a un coût, il faut des postes dédiés à la qualité, analyser les process de fabrication et mettre en place des outils permettant de s’assurer de la fiabilité du système de production, le tout pour satisfaire les clients. D’un point de vue comptabilité, cela coute de l’argent et ne rapporte rien, la satisfaction client ne donne pas plus d’argent, maintenant voyons ce qui peux se passer si on supprime le système qualité.

Pas de système qualité = pas d’indicateur sur la fiabilité des process, si un jour, on a une dérive sur un process qui commence à produire des pièces fausses, et que l’on n’a pas détecté, on en arrive à livrer des pièces non conformes et parfois même sans le savoir. Et si on est sur un process de production en grande série, c’est encore pire, vu que l’on ne peut pas contrôler toute les pièces qui sortent. Et là tout peut rapidement tourner à la catastrophe, client insatisfait, demande de remplacement de toutes les pièces défectueuses (à la charge de l’entreprise) parfois déjà en cours d’utilisation (pour une voiture cela peut amener à faire rapatrier des milliers de véhicule déjà sur la route !), bref, au final, cela peut couter tellement cher à une entreprise, allant jusqu’au point de la couler définitivement (cela s’est déjà vu mainte fois même pour de très grosses entreprises).

C’est exactement le même principe pour l’automatisation, cela devrait même faire partie intégrante du système qualité au vu de tout les bénéfices que cela peut apporter.

Arrêter de taxer (que) l’humain

Évidemment quand on parle uniquement de coûts l’automatisation est une aubaine pour les entreprises, beaucoup vont se dire « tiens si j’investis dans un robot cela ne me coûte quasiment rien par rapport à un salarié » et vont donc chercher à remplacer les humains par des robots. Un salarié coute cher, en plus de son salaire il faut payer toutes les cotisations sociales associées (retraite, sécurité sociale, chômage, etc.) alors qu’un robot ne cotise pas. Et pourquoi pas ?

Eh bien oui, si on revoyait le modèle de perception des cotisations sociale et que l’on taxait les entreprises non pas sur leurs masse salariale mais sur la valeur ajoutée qu’elle produit, converti en temps de travail humain ? Non pas une taxe robot comme déjà évoqué par certains politiciens, mais que les robots soient autant taxés que les humains, on s’assurerait ainsi de la pérennité de notre système social (les robots cotisent pour les humains !) toute en évitant aux entreprises de remplacer leur poste de travail par soucis de coût. Évidemment toute la complexité de la tâche est de déterminé le niveau de taxe en fonction du niveau de valeur ajoutée d’une tâche, il faudrait analyser toutes les tâches et process pour définir des charges adéquate, mais cela serait déjà une bonne avancée vers un monde en symbiose entre le travail humain et automatisé.

Reste la sacro-sainte question de l’emploi, beaucoup d’entreprise ont tendances à supprimer des postes pour les remplacer par des robots, mais cela n’est pas la bonne solution car souvent synonyme de pertes de compétences (on s’en rend malheureusement compte des années après), au contraire il faut faire muter les postes et faire évoluer les salariés vers des tâches dont le cerveau humain est essentiel, car il y en aura toujours, et si le robot tombe en panne un jour, on saura toujours comment faire le travail à la main car on aura gardé un certain savoir-faire.

Une entreprise doit savoir capitaliser ces compétences, souvent détenues par les salariés, et toujours garder son savoir faire, il faut apprendre à intégrer l’automatisation et non pas penser à la substituer à d’autres postes , elle doit être complémentaire et apporter de l’amélioration au travail en lui même, bref, il ne faut pas se dire combien ça coûte mais combien ça rapporte, autant en terme d’argent, de qualité et de bien être au travail, on a tout à y gagner.

Publié par Mushu Kuneo

Ingénieur en mécanique de formation, j'ai toujours été passionné par la compréhension du monde, autant en terme de physique, que de social et sociétal. J'essaye maintenant d'expliquer le monde dans lequel on vit pour essayer de construire un nouveau futur.

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